Tereska Torres

La vie de l'écrivain Tereska Torres, décédée en Septembre 2012 à Paris à l'âge de 92 ans, fut remplie de l'histoire et de personnages intéressants, dont beaucoup ont laissé leur empreinte sur l'art et la politique du 20e siècle.

Tereska est née à Paris en tant Tereska Szwarc, la fille de deux juifs polonais immigrés artistes. Son père, le peintre et sculpteur Marek Szwarc, arrivé en France en 1910 a rejoint La Ruche à Montparnasse, où Chagall, Soutine et Brancusi ont travaillé. Il devint un des artistes les plus connus de  l'École de Paris, avant la Première Guerre mondiale. En 1919, lors d'une visite en Pologne, Marek Szwarc épouse l'écrivain Guina (Eugenia) Pinkus (sur la photo ci-dessus en 1932) et revient à Paris avec elle.

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Convertis en secret à la foi catholique, ils ont baptisé Tereska.  Alors qu'elle n'avait que six ans, ses parents lui ont demandé de garder le secret de leur conversion, afin de ne pas subir les foudres de leurs familles restées en Pologne.

Tereska et ses parents passaient leurs vacances d'été avec les grands-parents en Pologne. Le secret de leur conversion au christianisme était un fardeau lourd à supporter  pour un enfant si jeune, mais elle a respecté la demande de ses parents. Il était clair pour Marek et Guina que la connaissance de leur conversion serait un coup dur pour leurs familles, et en effet, quand la nouvelle de leur conversion parut dans la presse yiddish, les proches du couple et des amis en Pologne et ailleurs dans le monde ont coupé leurs liens avec les « apostats », ce qui a beaucoup blessé Tereska.

Tereska et ses parents Marek et Guina avec Samuel à droite, en 1924 à Paris:

A  Zgierz, Tereska avec Zosia et son mari. 

Tereska a plus tard raconté l'histoire de la conversion et le poids du secret qu'elle a caché dans son livre, en français, "Le Choix" qui parle de son éducation dans des écoles dirigées par des religieuses.




Tereska voulu être un auteur et déjà à l'âge de 17 ans a commencé à chercher un éditeur pour son premier roman. Elle a terminé le travail, intitulé «Le sable et l'écume » au cours de la Seconde Guerre mondiale.




Quand survient la guerre en Septembre 1939, malgré sa conversion au christianisme, son père Marek Szwarc  déclare que «en tant que Juif je dois me battre contre Hitler" et cherche à s’enrôler dans la force polonaise créée au sein de l'armée française.

Voici Tereska en compagnie de Marek à l'atelier de la Cité des Fleurs (Boulevard Arago):

En Juin 1940, Tereska, sa mère et leurs parents cherchent à se rendre en  Grande-Bretagne.  Ils arrivent à Saint-Jean-de-Luz près de la frontière espagnole, et en dépit de la situation Tereska réussi à terminer son baccalauréat à Bayonne.

Extrait du journal de Tereska (Une Française Libre) du 19 Juin 1940:


Extrait du journal de Tereska du 25 Juin 1940:


Le sort de la famille change quand le consul du Portugal dans la ville de Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes, décide de défier les ordres du gouvernement Salazar et d’accorder des visas d'entrée au Portugal à tous ceux qui en ont besoin. Un oncle de Tereska (Alexander Szwarc qui se trouvait à Arcachon avec sa famille – son épouse Sonia, et ses enfants Violusia et Georges),  réussi à obtenir les visas d’entrée au Portugal ainsi que les visa de transit via l'Espagne. Ils entrent au Portugal en Juin 1940 et sont dirigés vers Figueira da Foz ou se concentraient à l’époque la plus part des réfugies entrant au Portugal.  Entretemps Marek, qui combattait dans les forces armées polonaise de France, est évacué de la Rochelle par la Royal Navy britannique. et rejoint les Forces Polonaise libres en Ecosse.















Extrait du journal de Tereska du 27 Juin 1940:


Voici une photo prise à Figueira da Foz en Juillet 1940 qui montre un groupe de personnes qui ont toutes obtenu un visa Sousa Mendes (Tereska est la quatrième personne à partir de la gauche):

 

Tereska à gauche sur la photo, en maillot de bain deux pièces, quelque chose d'impensable à l'époque au Portugal (Figueira da Foz). 

Tereska avec sa cousine Rysia, toutes deux habillées en tenue portugaise.


La Police de Viligence et Defense de l'Etat lui délivre un "passeport":



Le 15 Juillet 1940, toujours à Figueira da Foz, Tereska reçoit des nouvelles de son pére:


Ils restent quelque mois à Figueira da Foz , le temps de trouver un visa et un transport pour l’Angleterre. Le 2 Octobre 1940 Tereska et sa mére arrivent à Lisbonne et sont reçus chez Samuel. Ce 2 Octobre les allemands créaient le ghetto de Varsovie.

        


Tereska et sa mére  arrivent en Angleterre en Novembre 1940. Tereska, alors âgée de 19 ans, a été parmi les toutes premières jeunes filles à se porter volontaire pour joindre  le Corps féminin des Forces Françaises Libres du général de Gaulle.


Elle racontera plus tard  l'histoire des 400 femmes soldats faisant partie des forces fançaise libres. Son livre « Womens Barracks » fut publié  aux États-Unis en anglais en 1950, et a provoqué un scandale car elle y décrivait les relations lesbiennes parmi quelques-unes des membres de l'unité. Au Canada, le livre fut  interdit par un tribunal à Ottawa et en France, il ne fut publié qu'en 2011 sous le titre «Jeunes femmes en uniforme ».


En 1943, elle rencontre un jeune homme nommé Georges Torres, fils d'un avocat juif célèbre, Henri Torres. La mère de Georges, Jeanne, qui a divorcé de son père, était alors la compagne de Léon Blum, le politicien socialiste qui avait été le premier ministre de la France au milieu des années 1930. Jeanne Torres rejoint volontairement Blum quand les nazis l'ont arrêté, et les deux ont été envoyés à Buchenwald. 

Elle l'a épousé là-bas et après la guerre, ils sont retournés en France.

Tereska épouse Georges en mai 1944 lors d'une cérémonie religieuse dans une église.  

Trois semaines plus tard, Georges rentre en France avec les Forces françaises libres. En Octobre de la même année, peu après la libération de Paris, il est tué sur le front d'Alsace dans la bataille pour la libération de la France. Quatre mois après sa mort, la fille du couple, Dominique, était né.

Extrait du journal de Tereska du 24 Octobre 1944:

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À son retour en France après la fin de WW2, Tereska Torres a dû faire face au deuil et la douleur, et aux difficultés financières de l'après-guerre. Sa belle-mère Jeanne et son mari Léon Blum l’aident.  Chez les Blum, elle rencontre à nouveau Meyer Levin, correspondant de guerre en Europe, qui a été parmi les premiers à entrer dans les camps de Buchenwald, Bergen-Belsen et Dachau. Il  l'invite à visiter Port-de-Bouc près de Marseille pour voir de plus près la situation misérable des immigrés clandestins vers la Palestine à bord de l'Exodus.  En fait Tereska connaissait Meyer Levin depuis son enfance. Levin, de 15 ans son aîné, est arrivé en Europe au milieu des années 1920 et a rencontré son père Marek à Montparnasse.  

Marek, le père Tereska, se rend en Pologne porteur d'une lettre signée par Léon Blum dans le but de rechercher et de sauver ceux de sa famille qui auraient put survivre.  A Varsovie, il ne trouva que David Szwarc, neveu de Marek, parce que toute la famille avait péri dans le ghetto.

En 1946, Meyer qui était allé en Palestine pour travailler sur son film "Maison de Mon Père»,  invite Tereska à travailler comme script-girl. Elle accepta et vint à Jérusalem avec Dominique. Elle y rencontre des membres de sa famille vivant dans le pays, qui ne lui tiennent plus grief de sa  conversion au christianisme.

 A l’invitation de Meyer, Tereska se jeta a corps perdu dans le film "The Illegals" . La petite équipe va de lieu en lieu en Europe pendant près d'un an et Tereska y joue  le rôle d'une survivante de l'Holocauste qui revient avec son mari dans une ville en ruines, en Pologne, et qui en raison de sa grossesse décide d'immigrer en Palestine. L'équipage a filmé jour et nuit, dans des conditions difficiles, dans des villages reculés de la Pologne, d’Autriche, avec des passages à travers les Alpes en Italie vers des plages cachées de la Méditerranée, où le groupe de réfugiés espérer monter à bord d'un vaisseau immigrants illégaux. Levin et Tereska montent à bord d'un navire délabré, avec 850 réfugiés le quel comme prévu, est arrêté par les Britanniques. Contre toute attente, Levin et son équipe réussissent à faire sortir clandestinement leurs bobines du film, qu'ils avaient caché dans la salle des machines.  Toute l'équipe du film est arrêtée une fois en Palestine et passe plusieurs jours dans les prisons britanniques. C’est dans ces circonstances que Tereska accepte d’épouser Meyer.


En 1970, Meyer et Tereska s’envolent vers  Addis-Abeba, et parviennent dans  la région de Gondar en Ethiopie afin de documenter la vie des Falashas, descendants de Juifs éthiopiens qui se sont convertis au christianisme. Ils y passent environ 10 jours dans un village isolé dans les montagnes. 

En 1984, trois ans après la mort de Meyer Levin, Tereska retourne en Ethiopie et travaille clandestinement à immigration des Falashas. 




Son dernier livre "Mission Secrète" a été publié seulement quatre mois avant sa mort. Il décrit l'opération de sauvetage des Falashas, une mission à laquelle elle s'est  consacrée avec l'ardeur qui l’a toujours caractérisée.




a© Joao Da Silva 2016