Société pour la promotion de la culture parmi les Juifs de la Russie

Une association éducative et civique consacrée à l'acculturation des Juifs dans la “Zone de Résidence", la Société pour la promotion de la culture parmi les Juifs de Russie  a été fondée en 1863 pendant une période de libéralisation. Elle est restée active jusqu'à ce qu’elle soit contrainte de fermer en 1929 suite à une décision du gouvernement bolchevique qui voulait abolir les institutions politiques et culturelles indépendantes.

Créé à Saint Petersburg, sa tache première était de  s’assurer que les Juifs seraient utiles à l'Etat en travaillant comme commerçants, comme agriculteurs,  artisans, ou en poursuivant des études universitaires.

Elle fournissait l’occasion d’apprendre le russe, d’acquérir des connaissances sur des sujets profanes, et de fréquenter les écoles russes. Ses organisateurs espéraient  atteindre leurs objectifs en utilisant leurs contacts étroits avec des responsables gouvernementaux. Ces objectifs culturels n’étaient pas sans rapport avec le souhait d’obtenir des droits accrus pour les Juifs.

Engagés dans l'idée de l’intégration, les dirigeants de la Société, étaient hostiles à l’yiddish et aux rabbins traditionnalistes qui essayaient de garder les Juifs à l’écart de leurs voisins russes. Parce que les fondateurs vénéraient  l'histoire juive ancienne et partageaient une passion pour la sécularisation, ils considéraient l'hébreu avec un profond respect.

Comme ils étaient géographiquement éloignés de la "Zone de Résidence", la direction de Saint-Pétersbourg était désireuse d’engager les Juifs résidents dans d'autres parties de la Russie. Ainsi en 1867, la Société a établi une succursale à Odessa. Les militants de Odessa partageaient l’idée des Lumières, et en avait une conception différente de celle            de leurs corréligionaires de Saint Petersbourg. Plutôt que de chercher à créer une élite intellectuelle juive, la direction Odessa encourageait une russification radicale. En tant que communauté nouvellement créée, dépourvue de traditions enracinées, Odessa était ouverte à l'intégration juive.

Les dirigeants d’Odessa ont ainsi voulu que le Pentateuque soit traduit en russe afin que les Juifs puissent le lire dans la langue vernaculaire croyant ainsi que cette innovation aurait un impact important en aidant les Juifs à apprendre le russe. De plus, ils voulaient créer un réseau d'écoles modernes, des écoles du dimanche en particulier, pour la promotion de l'éducation des adultes.

Craignant des réactions gouvernementales suscitées par le radicalisme d’Odessa, Saint-Pétersbourg a refusé de financer la branche d’Odessa, ce qui lui rendait impossible de réaliser ses plans. Le pogrom qui a eu lieu à Odessa en 1871 a signalé la mort de la branche de Odessa, car il a ébranlé la conviction que le progrès social permettrait d'éradiquer l’antisémitisme.

La branche d'Odessa a rouvert en 1877, et sa seule fonction était de venir en  aide aux pauvres et d’assurer la formation des artisans. La situation à Odessa était               complexe à cause d'importantes différences idéologiques parmi l'intelligentsia locale juive. Il y avait les sionistes et des nationalistes. Les forces en faveur de l'intégration juive furent finalement victorieuses, indiquant ainsi que la majorité des membres de Odessa se sentait fidèle à l'idée d’intégration.

L'année 1905 a été cruciale pour l'intelligentsia juive russe. À Saint-Pétersbourg, Odessa, Kiev, Moscou et Riga, des membres jeunes et plus radicaux ont tenté de prendre le pouvoir sur l’establishment conservateur.

La Société a perdu une partie de son influence entre 1906 et 1914, période pendant laquelle le gouvernement a autorisé les institutions culturelles juives de prospérer. Au cours de la Première Guerre mondiale, la Société a joué un rôle positif en tant que membre de Evreiskoe Komitet Pomoshchi Zhertvam Voiny (EKOPO), l'organisation humanitaire qui s’occupait des réfugiés juifs.

La Société en tant que responsable des écoles ouvertes aux réfugiés, a utilisé son pouvoir pour que la langue d'enseignement soit le yiddish, la "langue maternelle des élèves”. Cette décision a suscité la controverse et la colère des sionistes et des pragmatiques qui jugeaient que les réfugiés avaient besoin avant tout d'une connaissance du Russe.

Après la Révolution d’Octobre, les biens de la Société furent progressivement expropriés par les bolcheviks, y compris la célèbre bibliothèque de l'organisation et ses vergers de fruits dans le sud de la Russie.

Ce qui avait commencé comme une tentative de l'acculturation des Juifs de Russie a fini ironiquement comme un grand succès: les Juifs de la Russie soviétique se sont entièrement intégrés, ils parlaient couramment le russe, et devinrent des maîtres de la culture russe.

a© Joao Da Silva 2017