Pogrom d’Octobre 1905 à Odessa

Le pogrom d’Octobre 1905 fut le pire dans l'histoire d'Odessa. Entre le 18 et 22 Octobre 1905, des Russes, des Ukrainiens ethniques, et des Grecs ont tué plus de 400 Juifs (les éstimés varient entre 300 et 1000) et endommagé ou détruit plus de 1600 propriétés juives.

Screen Shot 2014-01-05 at 12.47.57

Le ralentissement économique marqué par une production industrielle réduite et par un chômage élevé, par la désapprobation juive de la guerre avec le Japon, ont contribué à une forte tension avec la communauté juive à Odessa en 1905.

La crainte d'un pogrom en Avril 1905 avait incité le Comité national Juif d'auto-défense à pousser les Juifs à s'armer et protéger leurs biens. Les non juifs ont été menacés de représailles armées si un pogrom se produisait.

En Juin 1905,  la peur d'un pogrom réapparu quand les Juifs ont été déclarés coupables d’avoir incité des exactions ainsi que les incendies au port.


Le 13 Juin 1905, les Cosaques ont abattu plusieurs travailleurs en grève. Le lendemain, un grand nombre de travailleurs ont cessé de travailler et ont attaqué la police avec des pierres et des fusils. Lorsque le Cuirassé Potemkine arrive à Odessa ce soir-là, des milliers de Odessites sont allés au port pour regarder le cuirassé et soutenir les marins mutinés.

Au cours de l'après-midi du 15 Juin, la foule indisciplinée a commencé à piller les entrepôts et a mis le feu à des bâtiments en bois dans le port. Le chaos s'ensuivit quand, afin de prévenir de nouveaux troubles, l'armée a bloqué le port et tiré sur la foule.

Quelques jours après cet atroce incident qui a eu lieu au port, un document antisémite appelé Odessa Jours (Odesskie DNI) fut publié.  Il blâmait les juifs pour la tragédie et demandait que les Juifs indemnisent les Gentiles, qu’ils soient désarmés et que tous les appartements appartenant aux Juifs soient identifiés.

Bien que les événements de Juin n’aient pas été suivis immédiatement par un pogrom, un environnement fortement antisémite avait été établi, ce qui amena le pogrom d’Octobre.

Des nouvelles du Manifeste du 17 Octobre publié par le tsar Nicolas II, sont arrivées à Odessa le 18 Octobre et ont provoqué une fête dans les rues. Des milliers se réjouissaient de ce document qui affirmait les libertés civiles et faisait la promesse de créer une assemblée élue. Le Manifeste du 17 Octobre fut la réponse du Tsar à l’ensemble de troubles politiques et sociaux qui agitèrent l’Empire Russe dés le début 1905. Le Manifeste accordait en principe un certain nombre de libertés avec effet immédiat: conscience, parole, réunion et association.

Les Juifs espéraient que le Manifeste conduirait à une plus grande liberté et moins d'antisémitisme dans l'empire russe. Alors que de nombreux Juifs et les libéraux à Odessa célébraient le Manifeste d'Octobre, les conservateurs ont vu dans ce document  une menace pour l'autocratie et pour la puissance de l'Empire russe.

Le 18 Octobre, les Juifs et les libéraux ont applaudi les nouvelles du Manifeste d’Octobre. Bien que les manifestations aient débuté pacifiquement, elles sont rapidement devenues violentes avec la présence de drapeaux rouges et de la propagande contre le régime tsariste. Alors que croissait la violence entre partisans et les adversaires du Manifeste d'Octobre, la colère de ces derniers se porta sur les Juifs d’Odessa, car à leurs yeux ils étaient à la racine des problèmes de la Russie. Quand un groupe de Juifs demanda  a quelques ouvriers russes de montrer du respect à l’endroit du drapeau rouge, une bagarre a éclaté dans les rues et se transforma bientôt en une émeute anti- juive.

Entre le 19 et 21 Octobre  la  violence se propagea sur toute la ville d’Odessa, du centre  ville aux banlieues, ainsi qu’aux villages voisins. Plutôt que de travailler à protéger les Juifs et mettre fin au pogrom, de nombreux policiers et soldats habillés en civil ont regardé ou participé au massacre juif. Bien qu’elles aient eu de nombreuses victimes et qu’elles aient finalement été vaincues, les forces juives d'auto-défense ont défendu avec succès des maisons ainsi que les rues et même des quartiers.

Divers rapports estiment que le nombre de morts juives dans le Pogrom Octobre de 302 à 1000 décès. D'autres statistiques montrent qu’il y a eu  environ 5000 Juifs blessés, 3,75 millions de roubles en dommages aux biens, 1400 affaires ruinés, et 3000 familles plongées dans la pauvreté.

Le Comité central juif d'Odessa d’aide aux victimes des pogroms de 1905 a recueilli 672 833 roubles de juifs d’Odessa et de l'étranger pour venir en aide aux personnes mises à mal par le pogrom. 

Antisémitisme à l’époque

Il y eut de nombreux pogroms perpétrés à l’encontre des populations juives de Odessa en 1821, 1849, 1859, 1881 et 1905.  Les Russes et les Ukrainiens, majoritairement ouvriers et formant les couches pauvres de cette société, nourrissaient un sentiment de jalousie exacerbé à l’égard des juifs qu’ils supposaient plis aisés du fait de leurs activités de commerçants. Les Grecs, ennemis des premiers jours, partageaient cette animosité envers les juifs, pour de banales histoire de négoce.

Ce fut dans les années 1902 qui parut “Le Protocole des Sages de Sion”, livre conçu et présenté comme un plan de conquête du monde par les juifs et les francs-maçons. Il fut rédigé à Paris par un informateur de la police Tsariste qui s’est inspiré du livre “Dialogues aux Enfers” de Maurice Joly, publié à Bruxelles en 1864. Alors que les Dialogues n’était qu’un pamphlet satirique décrivant la conquête du monde par Napoléon III, les Protocoles sont devenus l’outil par excellence de l’antisémitisme.

Screen Shot 2014-01-05 at 13.03.44Screen Shot 2014-01-05 at 13.03.09




a© Joao Da Silva 2017