David Szwarc

Mon histoire dans sa version la plus complète je la dois à Doubi Szwarc mon fils, qui a publié en 2008, un livre bilingue (anglais hébreu) qui retrace toutes les étapes de ma vie. La voici la page de garde du livre:


Mon grand-père Isucher Szwarc, comme vous le savez déjà a eu 10 enfants dont mon père Henryk-Berus. On avait l’habitude de lui rendre visite tous les weekends à Zgierz car nous nous habitions à Lodz.  En 1937 j’ai fini mes études à Lodz. Je ne parlais pas l’hébreu car mon père ne le parlait pas non plus. J’ai voulu compléter mes études et pour cela je suis allé à Rome et à Milan en Italie. Au mois d’Aout 1939, un mois avant le début de la guerre je suis revenu passer les vacances d’été chez mes parents. Un mois plus tard les Nazis rentraient à Lodz et je fus obligé de travailler pour eux.  On était battus sans raison, cela même pendant que l’on travaillait.

J’ai voulu revenir en Italie et pour cela je suis allé à Varsovie pour obtenir un visa de retour vers l’Italie. Je n’y suis pas arrivé et rapidement mes parents et mon jeune frère sont eux aussi venus à Varsovie. Plus tard ma tante Zosia et son fils Rysio se sont joints à nous ayant quitté Zgierz ou ils habitaient chez le grand-père Isucher. Mon grand-père en effet avait été assassiné par les Nazis. Mon oncle Kazimir Levi le mari de Zosia entretemps s’était enfui en Russie.

A ce moment la, le ghetto de Varsovie n’était pas encore debout. Nous avons alors rencontré Stanislaw Pielka, un homme d’affaires polonais, qui avant la guerre avait été au Portugal. Il lui était arrivé une histoire au Portugal ou il avait été volé et emprisonné.  Mon oncle Samuel Schwarz, qui habitait à Lisbonne, ayant appris son histoire,  vint à son secours, l’aida à sortir de prison, lui donna de l’argent et lui procura aussi notre adresse en Pologne.

Pielka était un home d’affaires plein de ressources. Il s’était procuré de faux documents qui lui donnaient la nationalité du Pérou, ce qui lui permettait de conduire ses affaires et d’aller en Allemagne acheter des machines à coudre pour son atelier de couture qui occupait un immeuble de trois étages dans le quartier “Zeran” de Varsovie. Il fabriquait entre autres des uniformes pour l’armée allemande.

Il faisait partie de nos amis et venait nous rendre visite très souvent. Il considérait mon père comme son propre père qu’il avait perdu.

En Octobre 1940, j’avais 22 ans, nous avons été transférés dans le ghetto de Varsovie dans un appartement au 30 Rue Leshno.  J’ai rejoint un groupe de quelques 300 Juifs qui travaillait autour de la ville de Chelm. Nous vivions dans un baraquement immonde situé entre Chelm et Wlodawa, ou le typhus s’est rapidement installé.

Un jour une unité de SS est arrivée et nous a amené dans un champ ou ils nous ont ordonné de construire un puits. Nus et entassés par groupe de quatre, les Allemands ont commencé a nous tuer et a jeter les corps au fond du puits.  Par chance j’ai été parmi les derniers groupes de quatre et a ce moment la, le commandant de notre camp était bouleversé d’avoir assisté a un crime de masse. Il suggéra  alors à un General allemand qui entretemps était arrivé, qu’il serait sans doute préférable de nous garder en vie, car nous offrions une force de travail utile. Seulement 40 ont pu échapper au massacre, les autres ont été jetés dans le puits alors que certains d’entre eux étaient encore vivants.

Après avoir été soigné pour le typhus je suis retourné au ghetto de Varsovie ou mes parents et mon frère étaient encore vivants.

Pendant notre séjour au ghetto de Varsovie, nous recevions des paquets de la part de mon oncle Samuel du Portugal.  J’étais sur que seulement quelques uns de ces paquets nous parvenaient. Ils contenaient et des sardines et du café qui était un produit très rare ces temps la. On vendait le café à Pielka.

Avec l’entrée en guerre des Américains, la destruction systématique des juifs commença. Le premier a disparaitre fut mon frère Vladek qui fut arrêté dans la rue et envoyé à Treblinka. Les horreurs les plus atroces étaient commises par les allemands tous les jours. Un jour un officier Nazi fit exploser la tête d’un bébé car personne n’avait réussi à lui dire qui en était la mère.

Nous savions que les chances d’échapper du ghetto étaient pratiquement nulles et pour cela il fallait à la fois être jeune et avoir de l’argent. Pielka accepta de m’emmener chez lui dans le quartier de Zeran et de m’offrir du travail dans son atelier même si sa famille avait extrêmement peur du fait qu’il avait engagé un juif. En Janvier 1943, avec des documents forgés dans le ghetto, j’ai cessé d’être David Szwarc pour devenir un Polonais de nom Tadeusz Zalesky.

J’ai loué une chambre chez des Polonais dans le quartier de Zeran et jusqu'à l’insurrection du ghetto, j’ai pu appeler au téléphone mes parents. Un jour j’ai pris le tramway qui passait par le ghetto ou j’ai pu voir l’incendie gagner  le territoire du ghetto. Les Polonais autour de moi se congratulaient de voir que le sale boulot était fait par les Allemands.

Jusqu'à la fin de la guerre je suis resté chez Pielka ce qui me sauva la vie, alors que celle de mes parents, de mon frère, de ma tante et de son fils fut prise par les Nazis. Mon père avait 49 et ma mère 42.

En Octobre 1944, les Polonais se sont révoltés contre l’occupation allemande. Les forces soviétiques étaient déjà présentes sur les berges de la Vistula. J’ai donc pu voir du coté de Zeran, qui se trouvait en zone soviétique, l’insurrection de Varsovie. Comme les soviétiques ont pris la décision de ne par participer à l’insurrection, quelques 150000 polonais ont trouvé la mort.

Le 15 Janvier 1945, j’ai été libéré par l’armée soviétique sur la route entre Varsovie et Lodz.




Avec Spophie son épouse

Pielka à gauche et David avec Marek à droite



a© Joao Da Silva 2016